EphMar – 48(1998) pp. 89-103

 

Le visage du Père en la Mère de Dieu

Michael Plékon

 

Il n’est pas excessif de dire que la Mère de Dieu a été constamment présente chez Paul Evdokimov, non seulement dans ses écrits théologiques, mais également dans sa diaconie, dans sa vie de famille, dans sa prière personnelle, dans sa vie toute entière. N’a-t-il pas écrit, à plusieurs reprises, qu’«il ne suffit pas d’avoir la prière, il faut devenir, être, prière, prière incarnée»Ê(1). Et tout ce que nous savons de Paul Evdokimov est qu’il agissait précisément ainsi et, selon le dicton, «ce qu’il prêchait il le mettait en pratique».

Dans presque tous les textes consacrés à Marie, et il y en a un bon nombre, Paul Evdokimov s’exprimait sur elle en des termes tout à fait comparables à ceux des théologiens orthodoxes contemporains, ses propres maîtres tels que Nicolás Berdiaev et Serge Boulgakov, ou alors Vladimir Lossky, Leonid Ouspensky, Georges Florovsky, Alexandre Schememann, Jean Meyendorff, Alexis Kniazeff, Elisabeth Behr-Sigel, pour n’en mentionner que quelques-uns. En dépit des nuances et des différences marquées qui distinguaient ces thélogiens de la diaspora russe, comme l’a souligné Aidan Nichols dans son étudeÊ(2), différences qui, à l’occasion, pouvaient exploser en polémiques et condamnations, ces hommes avaient en commun une redécouverte de la beauté et de la richesse de la tradition de l’Eglise. Il ne s’agissait pas seulment d’un «retour aux sources», celles des Pères, de la liturgie, des icônes, mais aussi d’un effort pour renouveler la manière de traduire le trésor de l’Eglise, dans un esprit créateur et dans la liberté joyeuse du «huitième jour». Pareille liberté eschatologique peut susciter, et tel fut bien le cas, à la fois des critiques et des attaques frontales. Bien que l’on évoque fréquemment l’œuvre de Boulgakov, en particularier sa «Sophiologie», comme l’exemple extrême de ce type de réaction hostile, allant jusqu’à une condamnation ecclésiastique (par le patriarcat de Moscou), des réactions similaires se perpétuent même aujoud’hui, face à la liberté lourde de menace qui inspire les écrits d’hommes tels qu’Alexandre Schememann et Paul Evdokimov.

 

1.- Deux images de la Mère de Dieu

Pour Paul Evdokimov, de mème que, antérieurement à lui, pour le père Boulgakov, la Mère de Dieu, n’est pas seulement un pilier de l’adoration dans l’orthodoxie, elle est la «joie» authentique de toute la création, la «première» parmi ceux qui furent déifiés à la venue du Christ, la «couronne des dogmes»Ê(3). Je voudrais montrer ici que, pour Paul Evdokimov, Marie est, avant toute chose, une icône à la fois de l’amour de la Sainte Trinité et de l’Eglise, portant, révélant et offrant le Christ au monde, comme en témoignent les types variés d’icônes qui la représentent: la Vierge du Signe, l’Hodigitria, la Vierge de tendresse, l’Orante, la Protection de la Vierge, et la Déisis. Un certain nombre de théologiens, à l’Est comme à l’Ouest, ont élevé Marie au rang de prototype de l’Eglise et de la fonction de disciple: Max Thurian, John Macquarrie, Karl Rahner, font partie de ce lot, et il faut porter au crédit du concile de Vatican II, aussi bien dans Lumen Gentium, la Constitution sur l’Eglise, que dans le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique, de l’avoir ainsi représentéeÊ(4). Même lorsque s’éleva un déssaccord sur l’evolution de la théologie et de la dévotion envers Marie dans l’historie de l’Eglise, avec notamment la mise en place des fondements de la Réforme, on observa néanmoins une profonde convergence dans la foi concernant le rôle de Marie, surtout dans le Nouveau Testament, en tant que modèle du disciple fidèle et de justice évangéliqueÊ(5). Des documents émanant de dialogues œcuméniques font écho à cette convergence, comme ceux qui ont paru entre luthériens et catholiques aux USAÊ(6). Et la figure de Marie comme modèle de sainteté chrétienne, comme icône de l’Eglise, peut se trouver dans bien d’autres ouvrages destinés au grand public.

La Mére de Dieu comme la nouvelle Eve, comme le prototype de la sainteté de l’Eglise et de la sainteté de tout chrétien, est une image conductrice dans les écrits de Paul Evdokimov. Suivant la ligne de la tradition et de ses propres maîtres, il a su présenter Marie comme une «icône mystérieuse» de l’amour et de la paternité indescriptibles du Père, de la sainteté vivifiante de l’Esprit, précisément parce qu’elle accomplit l’engendrement humain du Fils. Au regard de Paul Evdokimov, Marie est une «image fidèle et authentique», dans sa maternité, du mystère trinitaire. Elle est ainsi une source de révélation sur la confondante philanthropie de Dieu. Elle incarne l’«amour fou» de Dieu pour ses enfants, de ce Dieu qui se vide de lui-même, devient sans forces, serviteur souffrant pour nous, «Agneau immolé depuis la fondation du monde» -tous ces traits dessinent les profondes «icônes verbales» du sacrifice de soi et du don de soi de Dieu par amour pour ses créatures, images chères à Alexandre Boukharev et au père Serge Boulgakov. Paul Evdokimov utilisa ces images constamment et avec amour; il se fit l’écho des intuitions de ses prédécesseurs et leur donna d’amples développements. Si la philanthropie divine est au cœur même de la vision théologique de Paul Evdokimov, alors la Mère de Dieu, icône vivante, expression incarnée de cet amour se situe tout près de ce noyau central.

 

2.- La Mère de Dieu: Icône de et pour l’Èglise

Comme le proclame saint Paul, «Christ est l’image (eikon) du Dieu invisible (Col 1,15). Christ est le chemin, la vérité et la vie, la lumière, le pain du ciel, la porte du Royaume, l’image absolue du Père. Christ est l’unique, le Dieu-Homme, qui accomplit seul le salut du monde par sa mort et sa résurrection. Toutefois, et Paul Evdokimov le souligne constamment, le plan de Dieu n’est jamais imposé à l’humanité. Selon les Pères, Dieu peut tout faire hormis nous contraindre à l’aimer, à être sauvé. Loin de là, Dieu travaille toujours en tenant compte de la liberté et des efforts de la personne humaine. Marie est le paradigme, l’icône par excellence de cette liberté et de cet acquiescement humains. Dans l’économie du salut, pour paraphaser saint Jean Damascène, elle englobe et exprime toutes les intentions de Dieu pour le bien de l’humanité. Avec son humilité et son obéissance, Marie annonce l’amour souffrant, kénotique, voire absurde ou fou de Dieu pour ses créatures, où se manifestent les aspects de la compassion divine que chantait Paul Evdokimov dans ses écritsÊ(7). En tant que créature, en tant que l’un d’entre nous, Marie reflète de manière unique ce que Dieu est et ce qu’il fait. Elle révèle cela en nous montrant comment une personne est transformée par sa communion avec Dieu.

Avant même l’étonnante redécouverte par Vatican II de la place de Marie dans l’Eglise comme type de l’Eglise, comme signe de salut, Paul Evdokimov annonçait cette double icône de la Vierge, son double rôle dans le plan de Dieu. En hommage de reconnaissance et è la mémoire éternelle de Paul Evdokimov, mon intention est non seulement de mettre en relief ce que l’on peut lire dans ses textes, mais de tirer les implications de sa manière de concevoir la Mère de Dieu pour nous, pour les Eglises encore divisées et pour notre vie en tant que disciples du Seigneur.

 

3.- La Mère de Dieu dans la tradition

Dans ses écrits sur Marie, Paul Evdokimov met à contribution toute la tradition de l’Eglise. Animé d’un esprit évangélique surprenant pour des chrétiens non-orthodoxes, il expose ce que l’Ecriture dit sur la Mère de Dieu avec une extrême pénétration. Si l’on ne fait pas référence aux justes de l’Ancienne Alliance, Marie est incompréhensible dans le Nouveau Testament. En outre, tout comme les Pères, Evdokimov met en valeur la place de Marie au sein du peuple de Dieu, son «être» essentiellement «ecclésial», et sa présence tout au long de l’œuvre rédemptrice du Christ. Il médite à maintes reprises sur les images, les acclamations et les intercessions de la Vierge que l’on trouve dans la liturgie. Avec sensibilité et amour il scrute la Mère de Dieu sur les icônes. A l’instar d’autres théologiens orthodoxes, il cite les voix convergentes des Pères et des Conciles dans leur prédication et leur enseignement. Tout comme ses collègues, il ne manque pas de citer saint Jean Damascène: «le seul nom de la Theotokos c’est la Mère de Dieu; ce nom contient le mystère entier de l’économie du salut». (La foi orthodoxe, III, 12). Comme beaucoup d’autres théologiens, il a une prédilection marquée pour la belle Homélie sur l’Annonciation de Nicolás Cabasilas, en particulier là où il est question de la synergie entre le divin et l’humain, entre le Père, le Fils et l’Esprit, et Marie le servante fidèle:

«L’incarnation ne fut pas seulement l’œuvre du Père en vertu de sa puissance, de son Esprit, mais également l’œuvre de la volonté et de la foi de la Vierge., Faute du consentement de l’immaculée, de l’acquescement de sa foi, ce plan était tout aussi irréalisable que s’il avait été mis en œuvres sans l’intervention des trois personnes divines elles-mêmes. C’est uniquement après l’avoir instruite et après avoir obtenu son adhésion, que Dieu la prit pour sa Mére, et liu emprunta cette chair qu’elle avait un si grand désir de lui prêter. De même qu’il s’incarna volontairement, de même il désira que sa Mère le mette au monde librement et de son plein gré».

Les théologiens orthodoxes font souvent observer le silence relatif de la tradition de l’Eglise concernant la bienheureuse Vierge Marie. Serge Boulgakov, Georges Florovsky, Vladimir Lossky et Alexandre Schmemann en font la constatation, sans cesser d’écrire d’admirables pages sur la place qu’elle occupe en tant que la très sainte dans le mystère de l’EgliseÊ(8). Les nombreux articles d’Alexis Kniazeff sur la Theotokos finirent par remplir un volume entierÊ(9). Il ne devrait pas y avoir une théologie à part consacrée à Marie, car on ne saurait exprimer entièrement la foi de l’Eglise sans parler d’elle, note le père Boulgakov à plusieurs reprises. Certes il y a de nombreuses exceptions à ce silence au sujet de Marie. Ainsi le Concile d’Ephèse la proclame Theotokos, rendant par là une confession de foi essentiellement christologique; il y a sa place dans la célébration, dans les textes des offices et dans la liturgie eucharistique de nombreuses fêtes, dont plusieurs lui appartiennent en propre, comme sa Nativité (8 septembre) et sa Dormition (15 août). Lorsqu’on la voit sur les icônes elle est toujours dans la compagnie de son Fils, et selon Paul Evdokimov:

«La mariologie inséparable de l’hagiologie est une partie organique de la christologie. Le culte de la Vierge, dans la théologie des Pères, est à l’opposéde toute amplification sentimentale et déviation mariolatrique, il n’en a pas besoin, car il exprime l’incommensurablement plus grand et se pose en contenu immanent de l’Incarnation ».Ê(10)

On fait parfois grand cas de son silence dans les Ecritures, or la Mère de Dieu tout naturellement prononce des paroles qui ont un grand poids, plus même, elle est immuablement présente aux moments cruciaux de l’œuvre salvatrice du Christ. Elle accomplit la volonté et l’œuvre du Seigneur. Dans son fiat, dans son acquiescement et sa coopération avec la puissance de l’Esprit Saint et l’amour du Père, Marie humanise la Bonne Nouvelle, en donnant naissance à Dieu comme à l’un d’entre nousÊ(11). Marie n’est pas totalement silencieuse. Elle peut être appelée «prophète» du Seigneur, comme l’a fait le théologien luthérien américain Robert Jenson, et mêlée au cortège des autres femmes justes de l’Ancienne Alliance, telle que Anne, dont elle reprend le cantique, qu’elle chante toutefois sur un mode nouveau: le Magnificat (Luc 1,46-56)Ê(12). Marie n’est pas un réceptacle passif de la grâce de Dieu. Son «oui» est indispensable pour mettre en œuvre la synergie, pour permettre à l’Incarnation d’entamer l’œuvre de la rédemption, qui trouvera son accomplissement dans la Croix et la Résurrection. Le Seigneur prend corps de son corps et devient l’un de nous, pour nous sauver.

Marie est un modèle de fidélité, comme ses frères et sœurs, les justes de l’Ancienne Alliance qui l’ont précédée. Mais elle est plus encore, car Dieu est à l’œuvre à travers elle, il devient présent en elle comme en nulle autre personne. Paul Evdokimov cite à plusieurs reprises le Dogmatikon du troisième ton: «Tu as enfanté sur terre le Fils sans père, ce Fils qui était né au ciel du Père sans mère». Et il remarque que l’«on voit bien la correspondance étroite des deux mystères. A la paternité du Père dans le divin correspond la maternité de la Vierge dans l’humain»Ê(13). Non seulement sa personne devient le lieu qui rend possible l’Incarnation, mais elle est dans son être autant mêlée, autant intimement associée à la venue de Dieu sur terre qu’il nous est permis de l’imaginer. Elle n’est nullement un instrument passif de l’agir divin, mais à la fois bénéficiaire du salut et associée à son élaboration, car c’est ainsi, selon les Ecritures, que Dieu procède toujours avec ses serviteurs et à travers eux. Elle devient par là le signe, l’icône humaine particulière de Dieu et de sa philanthropie, et cette mise en relief par Paul Evdokimov revêt pour nous aujourd’hui une signification exceptionnelle.

Il montre également, en partant des prémiers Pères, que Marie est un prototype de l’Eglise. Aussi, lorsque nous la voyons sur les icônes Hodigitria ou Umilenie, notamment la Vierge de Vladimir, sa préférée, montrant le chemin vers le Christ, si serrée contre lui dans la tendresse de son amour, nous voyons exactement, nous dit Paul Evdokimov, ce qu’est l’Eglise. A nous membres du Corps, à nous gens d’Eglise, il est donné de voir comment nous ne faison qu’un avec le Seigneur. Cette fusion de sa chair et de la nôtre dans la Mère de Dieu est ce que saint Jean Chrysostome dépeint comme la réalité de la communion eucharistique. La Mère de Dieu est ainsi un signe du mystère central ou sacrement de l’Eglise, le type de la relation elle-même de l’Eglise avec le Seigneur.

Marie est la très pure, la toute sainte. Paul Evdokimov souligne constamment qu’il y a deux saintetés, celle conférée en elle par le Saint-Esprit, et celle acquise par son propre combat pour entendre et suivre la Parole. Dans le Nouveau Testament, notamment dans les chapitres d’ouverture de l’Evangile de saint Luc, Marie est présentée comme un des «ancêtres de Dieu», un des justes de l’Ancienne Alliance, dont certains l’entourent: Zacharie, Elisabeth et son fils Jean-Baptiste, Joseph son mari, le prêtre Siméon et Anne la prophétesse au temple, tout comme ses propres parents dont il est fait mention dans les textes deutérocanoniques et liturgiquesÊ(14). Marie est la femme vouée à une priére intense et à une communion avec Dieu. L’ange Gabriel la salue comme étant «pleine de grâce» (Luc 1,28). Le Seigneur est en vérité avec elle, ainsi qu’en en témoigne le recours à la salutation hébraïque. Elle médite sur ce que Dieu accomplit dans son cœur, non seulement à ce moment bouleversant mais tout au long de sa vie (Luc 1,29; 2,19, 51; 11,28; 13,20; 14,11; Ac. 1,14). Elle dit «Oui» au messager du Seigneur et à son dessein sur elle, en dépit de sa propre condition et de sa peur. Plus tard, son Fils louera en elle celle qui entend la Parole, la garde, et en vit.

Marie est non seulement témoin,mais collaboratrice et bénéficiaire des actions du Christ dans l’œuvre de la rédemption. Depuis la grotte de Bethléem où elle donne naissance à l’enfant, aux mages, à l’épiphanie, au premier signe du royaume lors des noces à Cana, sous la croix, jusqu’au tombeau vide selon certains, et certainement au milieu des apôtres lors de la descente de l’Esprit à la Pentecôte, Marie est lè, présente. Sa dormition et son assomption au royaume céleste sont à mettre en parallèle avec la propre ascension du Seigneur. Ce qui arrive à Marie est ce qui nous arrivera à nous. La Pascha du Christ de la mort à la vie rend possible la Pascha de Marie, la Pascha de l’Eglise et de chaque chrétien.

«Si l’Esprit Saint –Panagion- hypostasie, personnalise la sainteté divine, Marie –Panagia- personnalise la sainteté humaine»Ê(15), affirme Paul Evdokimov. La sainteté de Marie, tout comme la nôtre, est au premier chef un don de Dieu. En la saluant comme étant «pleine de grâce», l’ange lui dit que l’Esprit Saint viendra sur elle et que la puissance du Très-Haut la couvrira de son ombre. Avec Dieu l’impossible devient possible, mais seulement grâce au libre fiat prononcé par Marie. La sainteté du Deigneur et la sainteté de cette femme se rejoignent en ce que Paul Evdokimov appelle la «synergie parfaite». Marie reçoit Dieu, lui donne un corps, une famille, un foyer ici sur terre, ainsi il est réellement l’Emmanuel, Dieu avec nous. Tel était le désir du Seigneur, dans son immense philanthropie, depuis la création du monde –planter sa tente et vivre en compagnie d’Adam et Eve, Abraham et Sara, dans l’Arche de l’Alliance, dans le Temple. Sans cesse rejeté, il reçoit bon accueil de la part de cette jeune femme qui a dit «oui», et il peut alors vivre dans notre maison, dans notre corps, dans notre temps.

Tour ce qui a été dit de Marie jusqu’ici est bien loin d’épuiser ce que Paul Evdokimov a écrit et enseigné sur elle. Lite les textes où il s’abîme dans la contemplation de la Mère de Dieu est comme être transporté dans une église, et suggère une participation à la liturgie elle même. On se sent entouré par les visages des saints, à la tête des quels se tient Marie. On voit son visage iconographique, présentant le Christ ou monde, unie dans une communion totale avec lui, bras écartés dans un geste d’intercession pour tous. On entend tous les titres et les noms de Marie donnés dans les acathistes, les tropaires, les kondakia, les canons et les hymnes festifs: buisson ardent, montagne sainte, porte du paradis, livre saint, flambeau du monde, couronne des dogmes, archétype du féminin, de la vie nouvelle, de la sainteté accomplie, du sacerdoce royal, de la chasteté ontologique, de la virginité et de la maternité. L’experience de la Mère de Dieu suggère un jaillissement de beauté qui se déverse comme une cascade, purifie, rafraîchit. La Mère de Dieu recouvre tout du voile protecteur (pokrov) de sa prière. Dans les ouvrages les plus importants d’Evdokimov sur la portée de l’orthodoxie, sur le mariage, sur la femme et le salut, sur la beauté de Dieu communiquée à travers les icônes et la liturgie, sur la vie spirituelle et la voie de la sainteté, un chapitre ou une section est toujours réservé à la Mère de Dieu, ou plutôt elle se trouve toujours et partout présente, tout comme elle l’est dans l’église et dans la liturgie. Elle n’est pas le Centre mais s’unit étroitement à Lui, nous presse d’accomplir ce qu’ll nous demande (Jn 2,5).

 

4.- La Mère de Dieu comme Icône de Dieu: Le visage du Père dans le visage de la Mère

Pour Paul Evdokimov, Marie est ainsi clairement l’image de l’humanité transformée par le Saint-Esprit et collaborant librement avec lui. Elle est une icône où l’Eglise trouve son identité et tout chrétien sa vocation. Cependant, comme l’auteur nous le montre avec pénétration, Marie est plus que cela. C’est précisément en tant qu’icône de Dieu qu’elle dispense les trésors des mystères divins à l’Eglise et au monde avec un pouvoir peu commun, avec des nuances que nous avons peut être oubliées ou même jamais connues.

Pour être plus précis, Marie nous montre un Dieu que notre époque d’incroyance, iconoclaste ou indifférente, a rarement l’occasion de voir. De fait Paul Evdokimov n’a jamais considéré la société moderne sous ses aspectos uniquement séculiers et négatifs. Sa vision n’était pas pessimiste mais toujours porteuse d’espoir, prête à discerner chez autrui la bonté et l’amour, selon la belle formule de Kierkegaard. A maintes reprises, il percevait dans cette culture de désillusion et de scepticisme, voire dans les graves négations de l’athéisme, une soif de vérité, de liberté et de beauté, bref un désir de Dieu. Ainsi Evdokimov fait ressortir la souffrance de Dieu réduít à l’impuissance devant nous, qui se vide de Lui-même par amour de la création, pour la rédemption et la sanctification, mais qui ne veut contraindre personne à l’aimer en retour. Un tel Dieu fait problème pour de nombreux coyants. Ce que Marie nous révèle sur Dieu présente ainsi des difficultés au regard de certains, pour qui Dieu reflète davantage leur propre mode de pensée que Celui qui ne cesse de faire toutes choses nouvelles, Celui qui souvent est à l’œuvre là où nous ne l’attendons pas ou ne le désirons pas, dans son absurde passion pour nous, ce manikos eros de Nicolás Cabasilas, auquel Paul Evdokimov se réfère avec persistance. En d’autres termes on rencontre perpétuellement une résistance à l’être réel de Dieu, et un penchant à se fabriquer un Dieu à notre image et ressemblance. En tant qu’icône de Dieu, Marie déjoue ces tendances.

Juste avant de s’endormir pour l’éternité, Paul Evdokimov avait fait une communication sur l’Esprit Saint et la Mère de Dieu, Panagion et Panagia, devant la société française de mariologie. Cet article, désigné à juste titre comme dense et profond, constitua l’exposé le plus riche et, en la circonstance, le dernier rédigé par Evdokimov sur la Mère de Dieu. Il ne cesse de mettre au défi le lecteur qui tire profit de cet important manifeste théologique. J’ai découvert qu’il était très avantageux de le lire en relation avec le beau chapitre, beaucoup plus accessible, de L’art de l’icône: théologie de la beauté (pp. 217-223), qui nous invite à voir en Marie une «icône vivante», particulière, de l’amour de Dieu pour l’humanité à travers l’icône de Vladimir. Paul Evdokimov ajouta justement en conclusion de son étude originale, son intention d’apporter une précision plus «contemplative, iconographique», de ce qui est un «mystère ultime».

«L’Esprit Saint n’a pas de lieu d’incarnation, mais il possède en Marie le réceptacle unique et tout particulier de sa présence», écrit Evdokimov. «Selon le dogme christologique spécifié par le 7e concile œcuménique, en Christ, le Dieu-Homme, nous affirmons la dualité de nature où l’humain manifeste le divin. L’humanité du Christ est «l’icône épiphanique’ de sa divinité». Dans les notes de conclusion de ce texte rédigé avant sa mort, Paul Evdokomiv continuait ainsi:

«Le Père est entouré du silence de l’apophase; c’est ce visage caché du Père que le Fils et l’Esprit révèlent au monde. Le Sujet absolu, le Père, révèle dans son Fils le Sens qui devient la Vie par l’Esprit. Or la Theotokos, dans sa Maternité, traduit sur le plan humain ce mystère trinitaire comme une image fidèle et authentique. C’est dans ce sens –qui reste celui d’une révélation cachée– que Marie est l’icône mystérieuse du Père. Les canons iconographiques interdisent de représenter le Père, qui est l’Inconcevable et l’Indicible. La Theotokos reçoit les souffles de l’Esprit et sa Maternité nous fait contempler en silence la Paternité divine, le Visage du Père. Une hymne mariale exalte Marie comme la personne humaine qui, nouvelle créature déifiée, participe pleinement à l’être divin selon la grâce: ‘’Chantons, fidèles, la Gloire de l’univers, la Porte du ciel, la Vierge Marie, Fleur de la race humaine et Theotokos-génératrice de Dieu, Celle qui est devenue Ciel et Temple de la divinité‘’»Ê(16).

Paul Evdokimov affirme même dans ces quelques lignes, que l’on ne saurait s’approcher d’un mystère aussi caché et aussi grand que par des voies détournées, à travers des images qu’il est impossible de traduire avec davantage de précision. Ce qui est dit ici de Marie, ce que l’on peut également entendre à travers tel hymne cité de la liturgie, ce que l’on peut voir, par exemple sur l’icône de Vladimir, ne saurait être détaché de toute la Tradition, ample et profonde, de l’Eglise.

Il y a une masse de connaissances que les Eglises recommencent à acquérir concernant l’humanité de Marie, en particulier sa féminité, ou la façon dont Dieu met à contribution notre personne et ses capacités pour mener son œuvre de transformation. Un modeste renouveau de compréhension et d’intérêt envers la Mère de Dieu, se fait jour ici et là dans les Eglises. Les Eglises de la Réforme, d’où elle fut longtemps absente, se réapproprient la «gloire de la création». La Mère de Dieu est présente, en particulier par son icône, dans de nombreux sanctuaires, à Taizé, dans des cathédrales anglicanes, des églises paroissiales luthériennes, des centres de retraite réformés, et jusque dans d’innombrables foyers. Les Eglises anglicane et luthérienne ont rétabli Marie dans le calendrier liturgique. De nombreuses questions jaillies au sein des conflits et des changements à l’intérieur des Eglises, sont directement posées à Marie, à cause tout simplement de ce qu’elle représente sur le plan du salut et dans la vie de l’Eglise. Dans ses écrits, Elisabeth Behr-Sigel évoque quelques-uns de ces défis avec beaucoup d’éleganceÊ(17). Il n’est pas surprenant mais triste de voir un éminent théologien luthérien tel que Robert Jenson accoder une piètre considération pour Marie dans son analyse imposante des dialogues œcuméniques et des raisons de leurs échecsÊ(18). Lorsqu’on aborde des questions aussi fortement controversées que les sacrements, en particulier l’eucharistie, la nature du ministère ordonné, la place des hommes et des femmes dans le peuple de DieuÊ(19), jusqu’à la nature même de l’Eglise –dans toutes ces questions la figure et la signification de la Mère de Dieu sont comme une source primodiale d’où coule la vérité.

Finalement, je crois que Paul Evdokimov, dans sa théologie mariale, visait précisément ce but: s’approcher au plus près de la vérité incarnée par elle sur Dieu, sur l’Eglise et sur la vie chrétienne. Ses écrits se rattachent en grande partie à ces deux dernières réalités, tout comme le Nouveau Testament, les ouvrages des Pères, la liturgie et les icônes présentent unanimement Marie comme le prototype ou l’icône de l’Eglise et le modèle du disciple. Il va de soi que les points de désaccord ne manquent pas sur ce thème. Marie qui se soument librement et avec amour à la volonté de Dieu, son rattachement aux ‘anawim, aux faibles et aux pauvres du Seigneur, son choix d’une vie d’ascèse et de martyre avec Dieu – aucune de ces images n’est à la mode ni ne peut séduire la sensibilité du commun des hommes. Et pourtant, dans cet étonnant renversement opéré par l’Evangile, dans ce retournement de nos idées, ne se peut-il que Marie devienne, dans l’infinie sagesse de l’Esprit Saint, l’exacte image antitypique de Dieu qui blesse nos sensibilités, aussi bien dans la culture séculière qu’à l’interieur de l’Eglise?

 

5.- Marie, théophanie humaine de la philantropie divine

A mes yeux, le projet de Paul Evdokimov, dans sa réalisation profonde, était de faire ressortir cette approche inhabituelle, lourde de menace et de danger, du visage caché du Père, révélé par l’Esprit, sur le visage de la Mère de Dieu. Il y a quelques années, mes propres enfants saisirent quelque chose du but visé par Paul Evdokimov. Lorsqu’on les interrogea sur ce qu’ils pensaient des icônes dans notre foyer, ils montrèrent du doigt les icônes du Pantocrator et de la Theotokos en disant simplement: «c’est Dieu!». A cause justement de ma formation théologique et de mon expérience sacerdotale, je ne me trouvais pas à cette profondeur théologique où évoluaient Paul, âgé de douze ans, et Hannah, âgée de neuf ans, mais je suis certain que Paul Evdokimov y était. Ses yeux étaient fixés sur la beauté du Royaume. Ce que la simplicitas enfantine est capable de percevoir effraie plus d’un esprit dans sa maturité. Et pourtant c’est cette ouverture, cette relation directe que l’Esprit Saint veut entretenir en nous, à travers la liturgie, les écritures, la prière et les icônes, pour que nous puissions reconnaître la théophanie de la Beauté divine en tout lieu, Christ remplissant toute chose, toutes les portes ouvrant sur le Royaume.

Dans le visage de la Mère de Dieu nous voyons le visage du Père, qui désira, bien qu’il n’en eût pas besoin, nous créer. Après que nous nous fûmes détournés de lui, il voulut quand même nous sauver et nous ramener à lui. Dans le regard profond, insondable, de la Vierge de Vladimir, et dans sa communion avec son Fils, Paul Evdokimov percevait le même regard, qui est l’amour partagé du Père, Fils et Esprit Saint, offert ensuite à chacun d’entre nous, ce regard capté par saint André Roublev dans son incomparable icône de la Trinité. Marie reflète l’amour passionné, dépouillé de soi, pour l’homme, l’«amour fou» dont parlent Cabasilas et Evdokimov, l’amour qui ne veut point contraindre l’aimé, l’amour qui cherche, souffre, se dépossède de son pouvoir, se diminue, devient apparemment absent et silencieux, loin de toute menace ou coercitionÊ(20). Dieu s’abaisse, et ici Evdokimov se fait l’écho des Pères de la liturgie, pour que nous puissions à nouveau nous élever vers lui, atteindre notre pleine stature. Que ce soit sous l’Ancienne Alliance, ou maintenant sous la Nouvelle, Dieu ne cesse d’avoir foi en nous, il nous cherche, il veut constamment notre bien, il agit par là beaucoup plus que nous ne saurions le faire pour nous-mêmes ou pour autrui. Dans le retournement de l’Evangile, Marie fait apparaître un Dieu infiniment plus magnanime que nous le croyons ou que nous aimerions qu’il soit. En la Theotokos ce Dieu apparemment aussi banal qu’une mère, apparemment aussi humble que cette femme pauvre, est néanmois immense, «plus vaste que les cieux», comme il est dit au sujet de Marie.

La symétrie est parfaite, ainsi qu’il convient. Dans le visage de cette pauvre et humble femme, Marie, Dieu est révélé dans son étonnante pauvreté et soumission à nous, objets de son amour. Assurément elle est une servante souffrante, et ne s’identifie ni à une déesse statufiée et massive, ni à la représentation de la «Sophia» dans laquelle certains voudraient voir une nouvelle figure du Christ allant jusqu’à se subsituer à lui. Dans la tristesse qui compose son visage, nous percevons également cette vérité, absente dans toute autre tradition religieuse au monde, que par amour Dieu choisit la soumission, la souffrance pour et avec ses enfants. Que Dieu puisse se laisser voir à travers un visage humain, le visage, bien sûr, du Christ Dieu-Homme, mais également à travers un visage de femme, celui de sa Mère, voilà qui est à la fois cause de gros scandale et aussi de révélation pour ces chrétiens qui regardent les femmes de haut. Ceux-là oublient trop aisément le grand témoignage des Ecritures et de la liturgie. Ils omettent cette attestation unique que Dieu s’est incarné en Marie sa Mère, ainsi que le témoignage de toutes les autres femmes saintes et justes, Sarah, Anne, Judith, Débora, Elisabeth, Marie-Madeleine, pour n’en nommer que quelques-unes.

En Marie, l’accomplissement et les attentes de la religion naturelle sont ébranlés par la révélation divine. L’affirmation, chère à l’Eglise d’Occident, finitum capax infiniti, le fini peut contenir l’infini, est également attestée dans la liturgie orientale. Le Dieu qui a tout crée et que rien ne peut contenir, nous aime au point de s’abaisser au plus bas, de se faire tout petit, non seulement enfant nouveau-né, non seulement être humain, mais esclave, celui que l’on rejette, méprise, torture, exécute. La croix se profile intensément sur le visage de la Mère. Elle incarne le visage du Père qui laisse son Fils subir la croix, le visage du Fils qui souffrit et mourut sur elle, et le visage de l’Esprit qui triomphe par la croix, pour paraphraser le remarquable sermon de Philarète de Moscou pour le Vendredi SaintÊ(21).

Nous reconnaissons immédiatement la Mère de Dieu. La plupart des gens l’appellent «Madonne», «Vierge à l’enfant» ou «Bienheureuse Mère», au moins ici en Amérique. La mère qui donne et entretient la vie, est tellement synonyme du fait humain, qu’en dépit de tous les abus ou exceptions, nous reconnaissons la vérité de l’amour maternel à partir de notre propre expérience, et de celle d’innombrables personnes autour de nous. L’image de la mère qui console son enfant en pleurs, en proie á une frayeur au milieu de la nuit, l’assurant que tout va bien, est ce que mon professeur, le théologien et sociologue américain Peter L. Berger appelait «un geste humain prototypique», un «signe de transcendance»Ê(22). Et il n’y a aucune tromperie en l’occurrence, ajoute vivement Peter Berger, même si bien des choses ne tournent pas rond soit dans l’enfant, soit dans le monde extérieur. Combien de fois n’avons-nous pas vu cette icône se multiplier parmi les lieux de mort et de destruction, non seulement au cours des horreurs du passé, mais des terreurs du présent: Rwanda, Sarajevo. Même dans nos vies de paix relative et de confort à New York ou à Paris, là où sévit la souffrance, cette même image, fût-elle d’une mère véritable, d’un père, d’une épouse, sœur, frère, ami ou voisin -cette étreinte de tendresse dans la communion, ce «baiser de paix» comme l’appelle la liturgie- nous renvoie à l’être de Marie, à ce qu’elle fait et représente: la philanthropie de Dieu. La mère donne l’assurance qu’à un autre niveau, celui de la réalité ultime et de la vérité, celui de Dieu, là-bas tout va bien. Voilá ce que nous dit le visage de la Mère de Dieu, ce qu’elle nous donne, et qui est la vérité du visage de Dieu, parti à notre recherche pour nous sauver, à cause de son grand amour.

Ce n’est pas une folie nouvelle, ni une pierre d’achoppement que l’Evangile met sous nos yeux. L’incarnation fut et sera toujours une rude mise à l’épreuve de notre sensibilité. Mais nous savons que l’incarnation représente beaucoup plus qu’une intrusion perturbatrice de Dieu dans notre existence, une manière de «se glisser sous notre peau». Elle est l’action la plus grande qui soit, le geste suprême de solidarité avec nous que Dieu pouvait accomplir. De tous les nombreux dons qui nous ont été conférés dans l’Eglise, certainement la Mère de Dieu est le plus grand et le plus petit. Tout ce qui essentiel pourrait peut-être se dire sans faire explicitement mention d’elle, comme on l’entend souvent dire par les chrétiens des Eglises Réformées. S’il en est ainsi, alors pourquoi tout ce bruit à son sujet? Mû par un profond amour pour l’Eglise, Paul Evdokimov, en écho aux convictions du père Serge Boulgakov, son maître, affirme que, sans Marie, une touche d’humanité serait absente de la vie de l’Eglise et de Dieu. Au demeurant, le scandaleux et l’etonnant c’est que Dieu a une Mère. L’œuvre théologique de Paul Evdokimov, œuvre de foi et d’amour, n’est pas seulement une apologie de Marie, mais une révélation. Le plan divin n’aurait pu se dérouler sans son fiat et sa collaboration. La grâce qui lui a été octroyée fut reçue dans l’amour infini de son obéissance, de sa conformité avec la Parole. Elle se conforme à ses actions, nous laissant par là un modèle unique orienté vers une vie de la sainteté. Elle n’est pas seulement une femme qui rendit possible l’incarnation, elle est un signe de la présence continue de Dieu-avec-nous, un témoin de la puissance sans défaillance de la Parole faite chair.

Mais elle devient aussi une porte ouverte sur le miracle de l’amour de Dieu à notre égard, une porte à travers laquelle la lumière at la vie du royaume, de la Sainte Trinité, viennent nous engloutir. La grande œuvre de Paul Evdokimov, conjointement avec tant d’autres talents mis au service de l’Eglise, fut de nous offrir aujourd’hui la Mère de Dieu comme une authentique théophanie, une manifestation réelle de Dieu dans ses actions, dans son amour pour nous. Cela Paul Evdokimov l’a fait, comme il ne cessa de le faire tout au long de ses travaux, dans une fidélité absolue à la vérité de la tradition, plus même, avec une joie et une passion plus grandes encore. Son amour pour la Mère de Dieu est un signe de son amour pour le Seigneur. Eternelle est sa mémoire.

Notas

(1) Sacrement de l’amour, DDB, París, 1977, p. 83. Je désire exprimer ma gratitude envers le père Michel Evdokimov qui m’a été d’une grande aide dans mon étude de l’œuvre de son père, et dans l’occasion qui m’est donée d’en exposer quelques aspects.

(2) Theology in the Russian Diaspora: Church, Fathers and Eucharist in Nicolai Afanas’evÊ(1893-1966), Cambridge, University Press, 1989.

(3) La Mère de Dieu est le point focal dans de nombreux écrits de Paul Evdokimov, livres ou articles de revues. Dans cette étude j’ai pris en considération les textes sur la Theotokos dans les principaux ouvrages suivants: La femme et le salut du monde (1952, réédité chez DDB, 1978), L’orthodoxie (1959, rééd. DDB, 1979), La prière de l’Eglise d’Orient (1966, réed. DDB, 1985), L’art de l’icône, théologie de la beauté (DDB, 1970) ainsi que les articles: «La sainteté dans la tradition de l’Eglise orthodoxe» et «Le Saint-Esprit et la Mère de Dieu» in La nouveauté de l’esprit (Abbaye de Bellefontaine, 1977).

(4) Cf. Max Thurian, Mary, Mother of the Lord and Figure of the Church (London, 1963), John Macquarrie, Mary of All Christians (London 1990), Karl Rahner, Mary, Mother of the Lord (NY 1963).

(5) Mary in the New Testament, Raymond E. Brown, Karl P. Donfried, Joseph A. Fitzmyer, John Renmann, éditeurs (Mahwah NY, 1978).

(6) The one Mediator, the Saint and Mary, Lutherans and Roman Catholics in Dialogue VIII, George Anderson, J. Francisc Stafford, Joseph A. Burgess, éditeurs (Minneapolis, 1992).

(7) L’amour fou de Dieu (Paris, 1973). Bien que ce recueil contienne l’article dont le titre est emprunté à Cabasilas, manikos eros, le thème de la confondante philantropie de Dieu parcourt toute la trame de l’œuvre de Paul Evdokimov.

(8) Serge Boulgakov, Le buisson ardent (Paris, 1987), L’orthodoxie (L’Age d’Homme, 1980), Georges Florovsky, The Ever Virgin Mother of God, (London 1949), Vladimir Lossky, Essai sur la théologie mystique de l’Eglise d’Orient (Le Cerf, 1990), «Panaghia», in A l’image et à la ressemblance de Dieu (Aubier-Montaigne, 1967), Alexandre Schmemann, The Presence of Mary (Mt Hermann, Ca, 1988), et The Celebration of Faith, vol III, The Mother of God and her Feasts (Crestwood, NY, à paraître).

(9) La Mère de Dieu dans l’Eglise orthodoxe (Paris, 1990).

(10) La femme et le salut du monde, pp. 190-191. Les chapitres consacrés à la Mère de Dieu dans cette étude sont parmi les plus riches écrits par Paul Evdokimov.

(11) Voir mon article: «Mary and Meditation: the Mother of God as Icon of and for the Church», à paraître dans One in Christ.

(12) «An Attempt to Think about Mary», dialog. 31, Fall 1992, pp. 259-264.

(13) La femme et le salut du monde, p. 217

(14) Voir les belles études de Jean Breck, «Mary in the New Testament», et «The Face of the Spirit», Pro Ecclesia, vol. II, nº 4, Fall 1993, pp. 460-472 et vol. III, nº 2 Spring 1994, pp. 165-178.

(15) «Le Saint-Esprit et la Mère de Dieu», in La nouveauté de l’Esprit, Bellefontaine 1977, p. 272.

(16) «Le Saint-Esprit et la Mère de Dieu», in La nouveauté de l’Esprit, pp.277-278.

(17) «Mary, the Mother of God: Traditional Mariology and New Questions», in The Ministry of Women in the Church (Redondo Beach, CA, 1991), pp. 181-216.

(18) Unbaptised God: The Basic Flaw in Ecumenical Theology (Minneapolis 1992).

(19) Voir le document portant ce titre donné en appendice à l’ouvrage d’E. Behr-Sigel cité ci-dessus, document signé par quarante clercs et laïcs de la communauté orthodoxe de France, étroitement apparenté à l’esprit théologique de Paul Evdokimov.

(20) The life in Christ (Crestwood, NY, 1974), pp. 162 et suivantes, surtout p. 164. L’amour fou de Dieu, pp. 35-39, 91-107. Le buisson ardent, pp. 135-167.

(21) Sermons and Discourses (St Petersburg 1873), cité par Alexandre Schmemann, The Eucharist (Creswood NY, 1988, p. 104).

(22) A Rumor of Angels (Garden City, NY, 1970), pp. 52-57.

.